Pourquoi Carbios fait la une aujourd’hui
Carbios a publié ce jeudi 24 septembre à 7h45 ses résultats du premier semestre 2026, et le marché n’a pas franchement salué la copie : vers la mi-journée, le titre cède environ 3,8% et évolue autour de 5,30 euros, prolongeant un repli entamé depuis plusieurs séances.
La société clermontoise, spécialiste du recyclage enzymatique du plastique PET, cherche depuis plusieurs années à transformer une technologie prometteuse en usine industrielle capable de produire à grande échelle, et c’est justement sur ce terrain que les investisseurs l’attendent.
Sur le plan comptable, les chiffres publiés ce matin racontent une histoire plutôt positive : le chiffre d’affaires ressort à 2,6 millions d’euros sur le semestre, en hausse par rapport aux 2,1 millions enregistrés un an plus tôt, tandis que la perte nette se réduit à 9,4 millions d’euros contre 11,9 millions au premier semestre 2025.
Les charges d’exploitation ont été comprimées de 19%, à 14,4 millions d’euros, et surtout la consommation de trésorerie tombe à seulement 4,2 millions d’euros sur six mois, contre 33,4 millions un an auparavant.
Carbios dispose désormais de 48 millions d’euros de trésorerie, de quoi tenir plus de douze mois selon la direction. Le directeur général Benoît Grenot résume l’exercice par une formule : « Les résultats du premier semestre 2026 reflètent les effets de la discipline financière mise en œuvre depuis plus d’un an. »
Alors pourquoi le titre recule-t-il malgré cette amélioration ? Parce que l’essentiel du dossier reste ailleurs, du côté du financement de l’usine de Longlaville, le projet industriel censé faire passer Carbios du stade de la recherche à celui de la production commerciale.
La société indique que les précommandes atteignent 60% de la capacité visée, qu’un accord est en cours de finalisation avec un acteur majeur du secteur des boissons, et qu’une majorité des comités de crédit des prêteurs potentiels se sont déjà prononcés favorablement.
Mais aucun calendrier ferme de construction ni de bouclage financier définitif n’a été communiqué ce matin, ce qui laisse planer une incertitude que les investisseurs, échaudés par plusieurs reports depuis 2025, n’apprécient guère.
Ce que dit le graphique

Le graphique ci-dessus, construit à partir des cours de clôture des six derniers mois, montre un titre clairement installé sous ses deux moyennes mobiles : la MM20 ressort à 5,69 euros et la MM50 à 6,27 euros, alors que le cours évolue actuellement autour de 5,30 euros.
La moyenne mobile à 20 jours est repassée sous la moyenne à 50 jours le 9 septembre dernier, un croisement baissier qui confirme la dégradation de la tendance après un rebond temporaire observé début août.
Sur les vingt dernières séances, l’action a perdu près de 16% de sa valeur, et elle évolue aujourd’hui à peine 2,9% au-dessus de son plus bas des six derniers mois, touché à 5,15 euros le 11 juin.
La séance de ce jeudi s’inscrit donc dans la continuité de cette tendance baissière plutôt qu’elle ne marque une rupture isolée : le titre teste actuellement une zone de plancher déjà éprouvée durant l’été.
Pour les investisseurs confirmés : les ratios à surveiller
Difficile de raisonner Carbios avec les outils classiques de valorisation : le PER ressort négatif, autour de -4,95x, puisque la société reste structurellement déficitaire tant qu’elle n’a pas d’usine en production commerciale.
La capitalisation boursière avoisine les 93 millions d’euros, pour une valeur d’entreprise proche de 130 millions, et le titre se traite à seulement 0,54 fois sa valeur comptable, un niveau qui traduit la prudence, voire la défiance, d’une partie du marché à l’égard du projet.
Pour se faire une idée de la façon dont le marché valorise ou dévalorise une action par rapport à ses fondamentaux, notre article sur les actions du CAC40 les plus sous-évaluées et sur-évaluées donne quelques repères utiles, même si Carbios n’appartient pas à cet indice.
Le point positif de ce semestre, c’est la nette amélioration de la gestion du cash : consommer 4,2 millions d’euros en six mois contre 33,4 millions un an plus tôt réduit mécaniquement le risque d’une levée de fonds dilutive à court terme, un sujet sensible pour les actionnaires historiques qui ont déjà vu le nombre de titres en circulation augmenter à plusieurs reprises depuis l’introduction en Bourse.
Le point de vigilance, à l’inverse, reste entier : le calendrier de mise en service de l’usine de Longlaville, donnée à confirmer dans la publication officielle de la société, a déjà été décalé plusieurs fois, la dernière fois en décembre 2025, avec un démarrage désormais espéré autour de 2028.
Entre une technologie validée à l’échelle industrielle, avec plus de 100 lots produits sur le démonstrateur de Clermont-Ferrand et des accords commerciaux déjà signés avec des groupes comme L’Oréal, et un financement qui tarde à se boucler définitivement, Carbios reste un dossier à fort potentiel mais à l’exécution incertaine.
Pour les lecteurs qui découvrent ce type de valeur, notre guide pour acheter ses premières actions rappelle les précautions à prendre avant d’investir sur des sociétés encore déficitaires.
La rubrique 1 jour, 1 action revient demain avec une nouvelle valeur qui fait l’actualité des marchés.
Cet article a un but informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Avant toute décision, nous vous invitons à vous rapprocher d’un conseiller en gestion de patrimoine ou d’un conseiller financier indépendant.





